Quelle est l'origine de ce nom ?
Vers 575, les Barbares occupent la Haute-Durance et se
fixent dans le hameau central de chaque communauté. Ils repoussent les populations gallo-romaines
vers les sites cultivables à l'écart, où elles créent les "Villard", que l'on trouve encore
habités à Arvieux et Saint-Véran et en ruine à Abriès.
Au Moyen-âge, il y avait Villard-Sec (en 1265). Puis, il y aurait eu trois hameaux :
Villard-Sec, Villard-Bois et Villard-Gaudin. Seul ce dernier se serait maintenu ;
les deux autres auraient été détruits par des incendies ou des avalanches.
En provençal, "Gaudino" signifierait bois, bocage et dériverait du germanique "gaud" ou
"wald".
Au fil des siècles le nom officiel a varié :
| |
Villars-Gaudin,
|
| |
Villard-Gaudin,
|
| |
Villardgaudin.
|
| |
Villard-Godin.
|
| |
Villargaudin, actuellement.
|
La population.
En 1770, il y avait vingt familles à Villargaudin, qui comptait à peu près 147 habitants.
L'exode de la fin du 19ème siècle, et ntamment les migrations vers
Marseille et Lyon a fait baisser la population.
Quelques habitants (trois ou quatre) ont été tués pendant la guerre de
1914-1918. Vers 1950, il restait sept familles, soit environ trente-quatre habitants.
Actuellement, il n'y a plus que douze habitants permanents.
Les habitants étaient agriculteurs, élevant vaches et moutons. Ils avaient quelques lopins
de culture : seigle pour le pain, orge pour le café, blé en très petite quantité,
avoine pour le gruau et des toutes petites pommes de terre, "les truffons de Villargaudin"
pour leur consommation personnelle. La majeure partie de l'exploitation était en prairies.
Les champs étaient irrigués par un
réseau de canaux. Il fallait engranger suffisamment de foin pour nourrir vaches, mulets et
moutons pendant la longue période d'hibernation, de novembre à fin avril.
Ils avaient un deuxième métier pendant l’hiver, qui dure près de six mois ! Un tisserand,
des fabricants de râteaux à faner en bois, trois forgerons. Des "cornues" pour les vignerons
d'Eygliers et de Guillestre étaient également fabriquées au village.
L'habitat.
Toutes les maisons d’habitation étaient à usage agricole, les plus petites correspondant à de
petites exploitations : trois vaches et quelques ares de terre. Les maisons sont anciennes,
la plus vielle date de 1621. Les maisons étaient à usage mixte, l'habitation et la ferme.
Elles utilisaient la pente naturelle du terrain pour une entrée de plain-pied sur trois
niveaux avec, parfois, un pontin en complément.
L’entrée du niveau le plus bas constituait «la cour». Des murs de pierres épais soutenaient la
voûte et le sol était pavé de pièces de mélèzes équarries, plantées verticalement. Une grande
étable pour les vaches, une petite bergerie et la moute à fumier d'hiver donnaient sur
cette cour. La grande pièce d’habitation donnait également sur la cour et bien souvent un
atelier. La pièce à vivre était chauffée par une cheminée. Elle faisait office de cuisine,
de pièce d'accueil, de lieu de travail pour les enfants et de salle de réunion pour les
veillées. A côté de cette pièce, une cave enterrée permettait le stockage des pommes de terre,
des carottes et des poireaux, à une bonne température de conservation, 4° en hiver et 12° en
été.
Au-dessus de cette partie d'habitation il y avait deux pièces chauffées par un poêle
pour le couchage. Au troisième niveau, c'était la pièce ménagère avec le chevillet pour ranger
les réserves et le pain pour l'hiver, des crochets au plafond permettaient de suspendre les
jambons, les saucissons. Dans des coffres étaient rangés les légumes secs et les œufs, conservés dans le son.
Une autre partie de la maison était constituée par la grange à foin en fuste ou en pierre;
elle était orientée vers le Nord. Vers le Sud, des galeries de circulation, les "lobios" permettaient de
faire mûrir l'orge et le seigle récoltés dès les premiers froids; du matériel agricole y était
également rangé à l'abri de la neige et de la pluie; le linge séchait là.
La circulation se faisait par des escaliers de
meunier. L'accès à la grange se faisait par les voies charrières et des pontins.
Les toits de bardeaux d'autrefois ont été remplacés à partir de 1950 par la tôle ondulée
qui ne s'enflammait pas au contact des escarbilles sortant par les cheminées. Actuellement,
la toiture de bardeaux est à nouveau conseillée ou, à défaut, la tôle à bac qui ne rouille pas.
  La Fruitière.
Au début du 19ème siècle, l'essentiel du cheptel était composé de moutons et de chèvres
(19.000 pour 4.000 vaches). Mais les ovins étaient responsables de surpâturage et de déforestation;
ils fournissaient beurre et fromage de brebis.
L'administration forestière pousse à la
diminution des ovins et à la valorisation des vaches en traitant le lait transformé en beurre
et fromages. En 1855, une première fruitière est créée à Abriès; celle de Villargaudin est de
1882. Les produits laitiers sont descendus chaque semaine au marché de Guillestre.
Trois types de fromages sont fabriqués par ces coopératives, comme ils l'étaient auparavant
par les éleveurs :
| |
façon Gex : c'est une pâte persillée au lait de vache traité en fruitière, le bleu de Gex ;
|
| |
façon Roquefort au lait de brebis traité d'abord à la ferme puis confié à la fruitière pour affinage ;
|
| |
façon gavot aux trois laits qui reste l'exclusivité des éleveurs.
|
Mais très vite le déclin va apparaître du fait de l'installation d'une grosse laiterie
industrielle à Briançon et des conditions de traitement des produits laitiers dans les
fruitières. A partir de 1930, c'est l'unité gapençaise de Nestlé qui collecte le lait du Queyras et le câble
transbordeur transportait les bidons de lait à la route du col d'Izoard jusqu'à la fin des années 60.
La fruitière servait également de salle de réunion pour les assemblées des hommes du village,
et de salle de bal. Après de longues années d'inoccupation, la communauté a vendu la
fruitière qui a été restaurée en gîte d'étapes.
L'école.
L'école a été créée entre 1822 et 1833; c'était une école mixte. Elle est dans un local qui
figure sur le cadastre de 1836 à l'emplacement actuel. La loi Guizot de 1833 prévoyait le
salaire des instituteurs qui étaient logés dans de mauvaises conditions. Chaque famille
fournissait sa quote-part de bois pour le chauffage de l'école et aussi de l'instituteur.
Il y avait une classe unique. L'enseignement en français portait sur la lecture, l'écriture
et la religion, ce qui ne posait pas de problème à Villargaudin car tout le monde était
catholique alors que dans la vallée des Deux-Aigues très protestante, il y avait des écoles
protestantes à côté des écoles catholiques. En 1848, le taux d'alphabétisation était de 90%
pour les hommes et les femmes dans le canton d'Aiguilles. En 1860, 84% des filles et 97% des
garçons fréquentaient l'école. Entre 1892 et 1896, le travail scolaire est connu par les
cahiers d'un enfant de Villargaudin, Laurent Philip. Vers 12 ans, il faut noter la
perfection de l'écriture et de l'orthographe. Il y avait des cours d'instruction civique qui portaient sur
la politesse et déjà l'accueil des touristes, la Patrie, le Drapeau. Dans un cahier, il y a
un exemplaire d'une lettre de demande de stage chez un menuisier. Vers 1925, il y avait
quinze ou dix-huit enfants pour une seule institutrice. L'année scolaire commençait le
premier octobre et s'arrêtait le 13 juillet. Les enfants travaillaient cinq jours par
semaine sauf le jeudi et le dimanche. Il y avait deux jours de vacances à la Toussaint,
dix jours à Noël, quinze jours à Pâques de part et d'autre du dimanche de Pâques. Chaque matin,
il y avait inspection des mains et des mouchoirs. Les incartades étaient sanctionnées par
des coups de règle sur les doigts. Tous les mois, il y avait une composition sur un cahier
spécial soumis aux parents. L'institutrice était toujours logée sur place; les parents
fournissaient son bois de chauffage, les enfants lui faisaient de petits cadeaux pendant
l'année scolaire. Ils recevaient un livre en fin d'année sans
qu'il y ait de véritable distribution des prix. Les enseignants, jeunes, restaient entre un
et quatre ans à Villargaudin. L'école a été fermée en 1967 alors qu'il n'y avait plus que quatre
enfants malgré l'apport des enfants du Pasquier, dont l'école avait été fermée.
Elle a ensuite été louée par la mairie comme résidence de vacances pendant quelques années,
puis, après une longue pérode d'inoccupation, a été vendue pour agrandir le gîte d'étapes
de la Fruitière.
La chapelle.
Dans chaque village, elle créait avec le four, la fontaine, une unité d'habitations
faisant un village constitutif de la commune. Le procureur en était le gestionnaire ;
cette unité autogérée trouvait sa justification en hiver car aller de Villargaudin à
Arvieux était une épreuve. Les naissances étaient parfois déclarées avec beaucoup de retard.
La chapelle de Villargaudin est consacrée à Saint-Jacques le Majeur;
c'est l'occasion d'une fête patronale annuelle, qui se déroule actuellement
le samedi le plus proche du 25 Juillet.
La première chapelle a été détruite en 1574 lors des guerres de religion.
Elle a été reconstruite en 1730 et restaurée en 1937. Elle est austère à l'extérieur,
une petite fenêtre sur le mur Ouest, deux fenêtres sur le mur Est, un petit oculus
au-dessus de la porte sud. Dans le petit clocher, il y a une cloche d'origine sauvée en 1574.
L'intérieur est plus gai. L'autel de planches est peint en vert; il est surmonté par un
tableau de 1733 représentant Saint-Jacques en tenue de pèlerin : chapeau à large bord,
manteau avec la coquille et le bourdon. Cette toile dans un châssis en bois est entourée
d'un faux-cadre en trompe-l'œil. C'était une étape sur le chemin de
Saint-Jacques-de-Compostelle pour les jacquets arrivant d'Italie par le Col Lacroix.
Les fours.
Il faut, pour commencer, résoudre un problème de vocabulaire. Il n'y a pas à Villargaudin
de four banal; il n'y en a pas non plus dans le Queyras. L'adjectif "banal" (au pluriel banaux)
est le qualificatif d'objets propriétés d'un seigneur ou d'une communauté religieuse ;
ce peut être un four, un pressoir, un pont, un moulin ou même un taureau.
Leur utilisation entraîne le versement d'une banalité, ou droit de
péage. L'existence de ces objets banaux dans un territoire interdisait pour les ressortissants
l'édification d'un objet identique concurrent. De même, les villageois ne pouvaient aller
dans un village voisin si les banalités étaient moins élevées. La création de la
République des Escartons
en 1343 a entraîné l'abolition de tous les privilèges féodaux dont, les banalités.
L'abolition des privilèges dans la nuit du 4 août 1789 a fait disparaître les banalités sur
toute la France. Les deux fours de Villargaudin sont des propriétés privées.
Ces deux fours sont bien différents car ils ont été construits à des époques différentes.
| |
Le four du bas
a quatre propriétaires; il a été construit en 1937 pour remplacer
un four communal en ruine dans une parcelle voisine. C'est un four
fermé à une seule bouche. La porte du four est simple et s'ouvre à la main.
Le four fermé à l'avantage de protéger le fournier des intempéries car le
pain était cuit au début novembre.
|
| |
Le four du haut
est plus ancien, peut-être deux cents ans. Il a neuf propriétaires.
Il a deux bouches. La principale était utilisée pour la cuisson du pain à
l'automne. La plus petite correspond à un four plus petit, plus facile à chauffer.
Il était utilisé pour les fournées supplémentaires du printemps quand les provisions
de pains étaient épuisées.
La construction d'un four ouvert est plus économique car il peut être plus court,
les instruments manipulés par le fournier dépassant à l'extérieur.
|
Ces fours avaient un rôle social important. Avec la chapelle et la fontaine, ils étaient un
élément de l'autonomie du village. Leur utilisation nécessitait la coopération des différents
utilisateurs. Le premier nettoyait le four, le séchait par quelques flambées et le mettait en
chauffe pour son utilisation personnelle. Le lendemain, le deuxième relançait le chauffage
pour sa cuisson et ainsi de suite jusqu'au dernier. L'année suivante, c'était le deuxième
qui assurait le nettoyage, préchauffage et première cuisson alors que le premier de l'année
précédente devenait dernier. Le pain était fait
avec le blé et le seigle moissonné au mois de septembre ou parfois d'octobre et moulu aux
Moulins. Le levain était conservé par chaque famille d'une année sur l'autre.
Les pains étaient rangés dans le "chevillet" de la chambre ménagère de chaque maison.
Ils n'étaient pas consommés en tartines comme maintenant mais coupés avec
une "chaneustre", sorte de massicot, qui faisait des miettes, ces débris étaient mis dans la
soupe.
Les fours ont cessé d'être utilisés dans le village vers 1970. Maintenant, les fours ne
sont allumés que sertaines années, à l'occasion de la Saint-Jacques.
Les corvées.
Elles étaient dues à la commune pour l'entretien des canaux d'irrigation, des chemins d'accès
aux alpages et le curage des voies d'eau. En échange, les participants bénéficiaient d'une
coupe de bois, l'affouage. Il y avait également le travail d'entraide aux
personnes âgées, aux veuves, qui se faisait en "donnant une journée".
Actuellement, les résidents permanents, à condition de résider effectivement au moins six mois
par an dans le village, ont droit à l'affouage, c'est-à-dire à quelques arbres pour le
chauffage de leur maison. En échange, ils doivent participer à l'entretien de la route
forestière sous la direction du garde des Eaux et Forêts.
Depuis quelques années, les habitants du village se retrouvent à l'automne
pour un travail d'entretien d'un chemin (murs de soutènement, rambarde de sécurité) ou de
remise en état d'un chemin abandonné.